| KR+cF : Dialogue with the Knowbotic South |

Les nouvelles technologies et la pensée scientifique actuelle
ont changé notre compréhension de la nature. Mais notre conception du monde
ne se limite déjà plus depuis longtempsaux frontières du visible (
1)
et l'homme a toujours su créer ses mondes propres. Plus généralement,
on pourrait avancer l'idée que nous vivons dans des « simulations »
car tout est construction, le réel étant lui-même issu d'un assemblage
de subjectivités en évolution permanente. Opposer les réseaux en tant
que pure construction au monde dit « réel » n'apparaît donc pas justifié :
le dualisme monde réel/monde des réseaux semblerait être un faux débat.

Peut-être alors serait-il souhaitable de penser un art utilisant les réseaux
en fonction de ses capacités de prise directe sur le « réel ».

Il n'y a pas que le dualisme réel/virtuel qui soit à remettre en question,
mais aussi l'existence de frontières figées entre arts et sciences. De même,
les langages spécifiques à cesdomaines ne doivent pas être considérés comme définitifs et demandent à être constamment vérifiés.

De telles réflexions sont à la base de l'installation DWTKS
(Dialogue with the Knowbotic South) réalisée par le groupe
Knowbotic Research KR+cF.

DWTKS est une simulation du paysage antarctique générée à l'aide
de données informatiques authentiques, obtenues sur le terrain, puis traitées
par «knowbots» (knowledge robots), agents intelligents actifs sur le réseau
Internet. L'utilisateur interagit avec les knowbots dans un paysage virtuel grâce à un système audio en 3D et un casque de vision. Dans l'espace réel, l'action sur le réseau est perceptible à travers des processus temporels dynamiques : faisceaux lumineux, émanation de températures changeantes
et sons modulés.

Tout en mettant en coexistence l'espace des réseaux et l'espace physique,
KR+cF entremêle les différentes disciplines dans une Ïuvre volontairement
non-transparente de prime abord.

Leur travail témoigne d'un rapport ludique à la science, teinté d'ironie
vis à vis de son sérieux, parfois prétentieux. Elle est utilisée dans un but
inhabituel qui est de générer une réalité différente, hétérogène et subjective, pouvant être expérimentée, vécue par l'utilisateur.

Dans ce jeu avec les différents langages existants, KR+cF cherche
à développer une grammaire nouvelle et à rendre les frontières
traditionnelles plus perméables.

Cette remise en cause des dualismes réel/virtuel, arts/sciences
est au coeur d'une création originale, prenant en compte les spécificités
du réseau. Loin du conformisme ambiant, l'installation DWTKS exploite l'aspect
à la fois rationel et instable du réseau &emdash; on parle d'Ordres labiles(
2) &emdash; ainsi que sa nature dynamique, manifeste dans la possibilité de mener un « dialogue », en l'occurrence non verbal, avec les knowbots.

Le travail de KR+cF est fondé sur une idée essentielle :
engendrer une expérience esthétique basée sur des connaissances
et des données scientifiques. Parallèlement, en dépassant les frontières
entre l'art et la science, ils montrent comment ces deux domaines peuvent s'influencer et s'enrichir réciproquement.

La diversité des possibilités offertes par les nouvelles
technologies conduit icià un événement unique où fiction et inconscient
jouent un rôle important. L'action y est essentielle et c'est cette action
à la frontière que Siegfried Zielinski appelle « subjectivité ».

1) Grassmuck, Volker, Computer Aided Nature in the Turing Galaxy,
...
Nonlocated-Online

2)
Titre du séminaire Interface III, Hambourg, 1-3 novembre 1995